


« La Kermesse des producteurs est un socle de sécurité alimentaire au Cameroun »
Cyprien BAMZOK NTOL, Administrateur de la MIRAP.
1- Monsieur l’Administrateur de la Mirap, en quoi consiste le concept de « Kermesse des producteurs » ?
L’organisation, chaque fin du mois, des marchés témoins périodiques et la gestion collégiale et participative des magasins témoins de vente en partenariat avec les organisations de producteurs ont cultivé l’esprit entrepreneurial chez les producteurs. Il s’en est donc suivi une adhésion massive des producteurs pour l’organisation de la « Kermesse des producteurs ».
Cette opération résulte de la combinaison de plusieurs facteurs, entre autres : l’engouement des producteurs ruraux pour leur implication dans la collecte, le transport et la commercialisation de leurs produits au prix bord champ, sur des sites aménagés par la MIRAP en milieu urbain ; l’accompagnement des Organisations de producteurs à la collecte et au transport de leurs produits du lieu de collecte ou de production au site de la kermesse ; la planification en deux jours consécutifs de la « Kermesse des producteurs », en prélude aux fêtes civiles et religieuses, périodes où la demande en denrées alimentaires est assez forte ; et enfin, l’achat des produits par les consommateurs.
2- Le mode fonctionnement de la « Kermesse des producteurs » semble assimilable à des modèles expérimentés ailleurs. Qu’en dites-vous à ce sujet ?
Effectivement, la « Kermesse des producteurs » est assimilable au modèle chinois conduit dès les années 1970-1980, consistant à laisser les paysans vendre eux-mêmes dans les marchés leurs produits, ce qui a créé une véritable incitation à produire plus et développer le transport, le stockage et la transformation des produits. Résultat concret : entre 1978 et 1984, la production agricole en Chine explose et les revenus ruraux grimpent. Les paysans se sont mutés en petits entrepreneurs agricoles.
La « Kermesse des producteurs » s’inspire également de certaines dispositions contenues dans les modèles Saemaul Undong et du « Green Tourism » ayant conduit dès les années 1970 en Corée du Sud, au transfert des flux monétaires des milieux urbains vers les milieux ruraux et contribué à un développement fulgurant des communautés rurales.
3-Peut-on avoir le bilan chiffre des sept « Kermesses des producteurs » organisées à Yaoundé et à Douala ?
Nos indicateurs mettent en évidence : l’engouement des organisations de producteurs ; la couverture du territoire national, notamment les départements de provenance des organisations de producteurs et les communes de collecte des produits ; la quantité des produits collectés ; la valeur transactionnelle des produits collectés commercialisés ; le taux d’absorption des produits.
S’agissant de l’engouement qui s’en est suivi, il faut dire que 68 organisations de producteurs, dont 40 pour le site de Yaoundé et 28 pour Douala, se sont mobilisées pour prendre part aux différents kermesses. Cet indicateur témoigne de l’adhésion spontanée des Organisations de producteurs à ce dispositif de commercialisation. Des campagnes de sensibilisation, à travers le territoire national, permettraient de mobiliser davantage les producteurs.
Pour ce qui est de la couverture territoriale, les produits commercialisés ont été collectés auprès de producteurs provenant de 21 départements, dont 13 départements pour Yaoundé et 8 pour Douala. Les produits collectés proviennent de 33 communes, dont 22 pour Yaoundé et 11 pour Douala.
Les produits des kermesses tenues à Yaoundé ont été collectés dans les communes de Batchenga, Monatélé, Evodoula, Obala, Okola, Akonolinga, Ayos, Yaoundé, Ombessa, Nitoukou, Bafia, Mbankomo, Bikok, Makak, Bot-Makak, Esse, Nanga, Kribi, Edéa, Yagoua, Ekali, et Bafoussam. Pour les kermesses de Douala, les produits ont été collectés dans les communes de Yabassi, Douala, Tombel, Mbanga, Dibombari, Manjo, Melong, Dschang, Foumbot, Ebolowa et Garoua.
Cette couverture territoriale traduit la capacité de la « Kermesse des producteurs » à renforcer la connexion entre les bassins de production et les principaux pôles de consommation. Cette réalité consacre le bien fondé d’organiser également les kermesses dans les chefs-lieux de départements, et éventuellement dans les communes. Cette décentralisation contribuerait à la promotion du développement local.
4-Monsieur l’Administrateur, qu’en est-il de la qualité des produits collectés, et de la valeur transactionnelle des produits commercialisés ?
Pour ce qui est de la quantité des produits collectés, les sept kermesses ont permis de collecter et transporter par le biais de 68 organisations de producteurs, 271 tonnes de produits, dont 172 tonnes à Yaoundé et 99 tonnes à Douala. Cette collecte faite régulièrement réduirait les pertes en champs et permettrait un meilleur approvisionnement des « Kermesse des producteurs » organisées sur l’ensemble du territoire national.
Par ailleurs, les producteurs ruraux ayant participé aux sept kermesses ont, en 14 jours, perçu au minimum la somme de 112 824 000 F CFA, dont 78 454 000 F CFA à Yaoundé et 34 370 000 F CFA à Douala. Ce résultat témoigne de la pertinence des kermesses pour la commercialisation directe des produits par les Organisations de Producteurs. Il se dégage en outre comme dans les modèles Saemaul Undong et « Green Tourism » mis en œuvre en Corée du Sud, des flux monétaires, des milieux urbains vers les milieux ruraux. La régularité de ces flux monétaires devrait en perspectives contribuer au développement des communautés rurales, à la promotion des activités agropastorales et communautaires.
5-Peut-on enfin avoir le taux d’absorption des produits au cours de l’opération ?
Vous parlez du pourcentage des produits commercialisés par rapport aux quantités collectées par les organisations des producteurs. D’une manière générale, il a été au-dessus de 95%. 91% sur le site de Yaoundé et 99,08% sur le site de Douala.
Cet indicateur rassure sur la fréquentation de la « Kermesse des producteurs » par les consommateurs fidèles aux activités de la MIRAP. C’est le lieu de dire ici qu’un sondage réalisé auprès des consommateurs a permis d’identifier le profil des clients des marchés MIRAP. Il s’agit à 85% des couches sociales ayant un revenu mensuel inférieur à 200 000 F CFA. Les kermesses des producteurs deviendraient pour cette tranche de la population un socle de sécurité alimentaire.
6- Quels sont d’après vos statistiques les produits les plus vendus au cours des sept premières éditions des kermesses des producteurs ?
Cinq produits représentent 128 tonnes, sur un volume global de 271 tonnes, enregistré au cours de ces sept premières éditions des Kermesses de producteurs. Ils concentrent ainsi 47,51 % du volume total commercialisé, alors même qu’ils ne représentent que cinq produits sur les trente mobilisés durant la période. Autrement dit, près d’un kilogramme sur deux commercialisés au cours de ces sept éditions correspond à l’un de ces cinq produits, révélant leur poids déterminant dans la dynamique d’approvisionnement et d’écoulement des produits observée sur les sites MIRAP.
Cette concentration traduit également une forte attractivité des produits agricoles de grande consommation, notamment ceux issus du règne végétal. À eux seuls, le plantain, la banane et le macabo totalisent 111 tonnes, représentant près de 41 % du volume global commercialisé au cours des sept éditions.
Sur les 30 produits mobilisés et commercialisés sur les différents sites au cours de ces sept premières éditions, cinq produits se distinguent particulièrement par leur niveau d’absorption. Il s’agit par ordre décroissant des quantités vendues, du plantain, de la banane, du macabo, du riz et de la viande de bœuf.
Avec 89 tonnes commercialisés, le plantain occupe la première place du classement, pour pour un prix moyen de 127 FCFA/kg, générant une valeur transactionnelle cumulée de 11376290 FCFA. Il est suivi de la banane dont les ventes atteignent 11 tonnes, pour un prix moyen de 111 FCFA/kg, pour une valeur transactionnelle de 1 249 638 FCFA. Le macabo se positionne au troisième rang, avec 10 tonnes écoulées, au prix moyen de 258 FCFA/kg, pour une valeur transactionnelle de 2 664 055 FCFA. Le riz, quant à lui, occupe la quatrième position avec 9 tonnes commercialisées, au prix moyen de 300 FCFA/kg, soit une valeur transactionnelle cumulée de 2 812 500 FCFA. Enfin, la viande de bœuf complète ce classement avec 8,5 tonnes vendues, pour un prix moyen de 2 836 FCFA/kg générant à elle seule 24 324 372 FCFA de transactions.
7- Quelle analyse faite vous de ces statistiques ?
La performance du plantain apparaît particulièrement significative. Avec 89 tonnes vendues, il représente à lui seul environ 33 % de l’ensemble des volumes commercialisés au cours des sept éditions. Cette performance confirme son statut de produit fortement sollicité par les consommateurs et constitue un indicateur de son importance dans les stratégies d’approvisionnement de proximité mises en œuvre par la MIRAP.
À l’inverse, la viande de bœuf, bien que cinquième en termes de quantité vendue, se distingue par son poids en valeur (8,5 tonnes vendues). Avec un prix moyen de 2 836 FCFA/kg, elle génère une valeur transactionnelle de 24 324 372 FCFA, supérieure à celle des quatre autres produits réunis individuellement. Cette situation illustre l’importance de distinguer le poids volumétrique d’un produit de son poids économique dans les transactions.
Ces résultats mettent en évidence deux réalités complémentaires : d’une part, la prépondérance des produits agricoles à forte rotation, particulièrement les produits vivriers d’origine végétale ; d’autre part, le poids économique important de certains produits à plus forte valeur unitaire, à l’instar de la viande de bœuf.
Au-delà des seuls chiffres de vente, cette analyse constitue un indicateur pertinent de la structure de la demande exprimée par les consommateurs lors des Kermesses des producteurs. Elle pourrait, à ce titre, contribuer à orienter les prochaines opérations de prospection, de mobilisation des organisations de producteurs et de programmation des approvisionnements, en privilégiant les produits présentant les niveaux d’absorption les plus élevés.
Liste des Organisations de Producteurs ayant approvisionné les Kermesses de Yaoundé au moins une fois au cours des quatre (4) éditions Mars-Avril-Mai-Août 2026
| N° | Départements impactés | Nombre de communes de collecte | Commune de collecte | Nombre d’Organisations de Producteurs mobilisées | Total
Organisations de producteurs mobilisées |
| 1
|
Lékié | 5 | Batchenga | 1 |
9 |
| Monatélé | 4 | ||||
| Evodoula | 2 | ||||
| Obala | 1 | ||||
| Okola | 1 | ||||
| 2 | Nyong et Mfoumou | 2 | Akonolinga | 8 | 9 |
| Ayos | 1 | ||||
| 3 | Mfoundi | 1 | Yaoundé | 6 | 6 |
| 4 | Mbam et Inoubou | 3 | Ombessa | 1 | 3 |
| Nitoukou | 1 | ||||
| Bafia | 1 | ||||
| 5 | Mefou et Akono | 2 | Mbankomo | 1 | 2 |
| Bikok | 1 | ||||
| 7 | Nyong et Kéllé | 2 | Makak | 1 | 2 |
| Bod-Makak | 1 | ||||
| 8 | Mefou et Afamba | 1 | Esse | 2 | 2 |
| 6 | Haute Sanaga | 1 | Nanga | 2 | 2 |
| 9 | Océan | 1 | Kribi | 1 | 1 |
| 10 | Sanaga Maritime | 1 | Edéa | 1 | 1 |
| 11 | Mayo-Danay | 1 | Yagoua | 1 | 1 |
| 12 | Nyong et So’o | 1 | Ekali | 1 | 1 |
| 13 | Mifi | 1 | Bafoussam | 1 | 1 |
| TOTAL | 13 | 22 | TOTAL | 40 | |
Liste des Organisations de Producteurs ayant approvisionné les Kermesses des producteurs de Douala au moins une fois au cours des trois (3) éditions Mars-Mai-Août 2026.
| N° | Départements impactés | Nombre de communes de collecte | Commune de collecte | Nombre d’Organisations de Producteurs mobilisées | Total
Organisations de producteurs mobilisées |
| 1 | NKAM | 1 | Yabassi | 8 | 8 |
| 2 | WOURI | 1 | Douala | 6 | 6 |
| 3 | KOUPE-MANENGOUBA | 1 | Tombel | 5 | 5 |
| 4 | MOUNGO | 4 | Mbanga | 1 | 4 |
| Dibombari | 1 | ||||
| Manjo | 1 | ||||
| Melong | 1 | ||||
| 5 | MENOUA | 1 | Dschang | 2 | 2 |
| 6 | NOUN | 1 | Foumbot | 1 | 1 |
| 7 | MVILA | 1 | Ebolowa | 1 | 1 |
| 8 | BENOUE | 1 | Garoua | 1 | 1 |
| TOTAL | 8 | 11 | TOTAL | 28 | |
| INDICATEURS | YAOUNDE | DOUALA | TOTAL |
| Quantité des produits collectés en Tonne | 172 | 99 | 271 |
| Valeur Transactionnelle en F CFA | 78 454 000 | 34 370 000 | 112 824 000 |
| Nombre de départements concernés | 13 | 8 | 21 |
| Nombre de communes de collecte et de production | 22 | 11 | 33 |
| Nombre d’organisations de producteurs mobilisées | 40 | 28 | 68 |
| Le taux d’absorption des produits | 91% | 99,08% | 95,04% |





