
CM 14 Yaoundé 2026
« La ZLECAF risque de transformer le Cameroun en simple marché d’écoulement au lieu d’en faire une plateforme de production « .
Le Cameroun abrite du 26 au 29 mars 2026 ,la 14 e édition de la Conférence Ministérielle de l’OMC (CM 14). Prés de 4000 délégués y prennent part aux cotés des patrons d’entreprises nationaux tels
Oussoumanou Malloum, entrepreneur camerounais engagé dans l’agroalimentaire, les BTP et la distribution qui jette son regard sur les perspectives de l’économie en cette période d’implémentation de la ZLECAF » .
À travers Négoce Cam SARL, nous opérons principalement depuis Douala, notamment dans des zones stratégiques comme le marché de Mboppi, qui alimente une grande partie de la ville.
Chaque jour, des milliers de tonnes de produits vivriers transitent par nos marchés urbains. Cela représente des milliers d’emplois directs et indirects — transporteurs, manutentionnaires, détaillants, transformateurs.
Notre combat, c’est de structurer cette économie encore largement informelle pour en faire un véritable levier de croissance nationale. »
2. Quels sont vos commentaires de la ZLECAF ?Est -ce une opportunité chiffrée, ou un risque réel ?
« La ZLECAF concerne un marché de plus de 1,3 milliard de consommateurs africains avec un PIB cumulé estimé à plus de 3 000 milliards de dollars.
Mais regardons notre réalité : au Cameroun, nous exportons encore majoritairement des matières premières — cacao, bois, coton — avec très peu de transformation locale.
Par exemple, dans la filière cacao, nous transformons moins de 30 % de notre production localement. Cela signifie que la valeur ajoutée, les emplois industriels et les revenus fiscaux partent ailleurs.
Si nous ne corrigeons pas cela, la ZLECAF risque de transformer le Cameroun en simple marché d’écoulement au lieu d’en faire une plateforme de production.
Notre priorité doit être claire : transformer au moins 50 à 60 % de nos matières premières localement dans les prochaines années. »
3. Par rapport à la CM14,quelle est la position du Cameroun ?
« Le commerce mondial représente plus de 25 000 milliards de dollars. L’Afrique y contribue à peine à hauteur de 3 %.
Cela veut dire que notre continent est encore marginal dans les échanges internationaux.
À la CM14, nous ne sommes pas venus faire de la figuration. Nous sommes venus dire que le Cameroun, avec sa position stratégique en Afrique centrale, son port de Douala, son corridor vers le Tchad et la RCA, peut devenir un hub logistique et industriel majeur.
Mais cela exige des investissements ciblés et une vision coordonnée. »
4. A quelles difficultés faites-vous face sur le terrain ?
« Prenons un exemple simple.
Acheminer un conteneur du port de Douala vers certaines villes de l’intérieur peut coûter parfois plus cher que de l’importer depuis l’Asie.
Le coût de l’énergie reste élevé et instable pour les unités de transformation.
L’accès au financement pour les PME reste limité, avec des taux d’intérêt souvent au-dessus de 10 à 15 %, ce qui freine fortement l’investissement productif.
Ces contraintes réduisent notre compétitivité face aux produits importés, souvent subventionnés dans leurs pays d’origine. »
5. Qu’attendez -vous de la CM 14 ?
« Nous devons changer de modèle.
Le Cameroun doit passer d’une économie d’importation à une économie de transformation et d’exportation.
Cela suppose :
• une réduction du coût des facteurs de production,
• une fiscalité incitative pour les industries locales,
• et une commande publique orientée vers les entreprises nationales.
Chaque usine créée, c’est des centaines d’emplois. Chaque chaîne de valeur structurée, c’est une région qui se développe. »
Proposition stratégique : Plateforme de concertation État–Secteur Privé
« Pour avancer concrètement, je propose la mise en place d’une Plateforme Nationale de Concertation Économique et Industrielle, réunissant :
• le Ministère du Commerce
• le Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire
• le Ministère des Finances
• et des représentants structurés du secteur privé.
Itw réalisée par Joseph Kapo






